Au confluent de la culture, de l’économie et du sport, l’Afrique se singularise par l’émergence d’une industrie du divertissement qui prend progressivement forme. Thomas Gil, fondateur et président du réseau Arts & Sports Events (ASE), et doté d’une expertise internationale dans l’orchestration de grands événements sportifs, enrichit notre compréhension de cette dynamique. Titulaire d’un DESS en management sportif, Thomas Gil justifie d’une expérience de plus de 25 ans sur le continent, ayant servi comme conseiller et directeur dans diverses fonctions liées aux événements sportifs internationaux. Actuellement, il offre son expertise à divers gouvernements et entreprises, conseillant sur l’organisation d’événements sportifs, culturels et d’entreprise. Il partage ici son parcours personnel, son attachement profond pour l’Afrique et sa vision du sport africain.

Rencontre avec Afrik : Vous vous dédiez depuis plus d’un quart de siècle au sport africain. Quel fut le catalyseur de cet engagement? Quel chemin vous a mené à la création d’ASE?

Thomas Gil: Mon engagement pour le sport est né d’une passion ardente durant ma jeunesse, époque durant laquelle je concourais en tennis. Je me questionnais souvent sur les organisateurs des championnats et des Jeux Olympiques et rêvais d’être celui qui orchestre ces événements. Originaire de Dakar où j’ai grandi, j’ai naturellement souhaité contribuer au développement de l’Afrique, ce qui m’a motivé à établir ASE. Cette structure se spécialise dans le conseil en marketing sportif et communication événementielle, avec un ancrage fort en Afrique et dans l’océan Indien. Mon objectif est de laisser un héritage positif et durable à travers mes projets.

Pouvez-vous décrire votre vision du sport africain comme industrie? En quoi diffère-t-elle du modèle occidental?

Le sport africain, s’il est désormais reconnu comme une industrie à part entière, reste dans une phase de développement. Malgré un potentiel économique immense, ce secteur est souvent moins structuré comparativement aux modèles occidentaux qui bénéficient d’une professionalisation avancée. Cependant, l’énergie des jeunes Africains et la diversité des disciplines sportives pratiquées constituent des atouts non négligeables. Les disciplines traditionnelles, comme le football et la lutte, ainsi que des secteurs émergents comme l’Esport, démontrent la capacité d’adaptation et de croissance du continent.

Quelles sont, selon vous, les priorités pour structurer durablement l’industrie sportive en Afrique?

Pour ancrer durablement le sport en Afrique, plusieurs actions doivent être entreprises simultanément. La formation spécialisée est critique pour les décideurs et techniciens. Les investissements dans les infrastructures sportives, la professionnalisation des fédérations par le marketing sportif, et un rôle actif des États dans la mise en œuvre de politiques publiques adéquates sont essentiels. L’engagement du secteur privé est également crucial pour soutenir ces initiatives.

Pourquoi le marketing sportif est-il central à vos préoccupations et comment peut-il catalyser la croissance en Afrique?

Le marketing sportif reste encore sous-exploité en Afrique malgré son potentiel. Cela peut s’expliquer par un manque de formation spécialisée et par une méconnaissance des tools marketing adaptés au sport. Néanmoins, une utilisation efficace de ces outils pourrait significativement contribuer à la création de richesses et à l’amélioration de la visibilité des sports africains. La nouvelle génération de professionnels du marketing doit être encouragée à se former et à s’approprier ces outils pour dynamiser le secteur.

Pouvez-vous citer des exemples de projets ou de pays qui sont des modèles en termes de structuration professionnelle du sport?

Des pays comme le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin, et le Rwanda, fournissent des cas éloquents d’une professionnalisation effective du sport. Leur investissement dans des infrastructures modernes, la formation, et la tenue d’événements d’envergure internationale, témoignent de leur engagement à utiliser le sport comme levier de développement économique et social.

Quel rôle jouent les États, les collectivités locales et les sponsors privés dans cette dynamique? Peut-on parler de co-construction?

La co-construction avec les États, les collectivités et les sponsors privés est désormais indispensable. Les États doivent créer des cadres réglementaires propices, les collectivités peuvent agir en proximité avec les besoins locaux, et les sponsors apportent les ressources financières nécessaires à la réalisation des projets. Cette collaboration est cruciale pour développer un modèle sportif durable et inclusif adapté aux spécificités africaines.

Enfin, quel message souhaitez-vous transmettre à la jeunesse africaine désireuse de s’impliquer dans le sport?

Je dirais à cette jeunesse passionnée que le champ des possibles est vaste. Le sport, comme l’art, offre des carrières riches et diverses. Je les encourage à se former, à élargir leurs compétences et à s’investir pleinement. Le secteur sportif, exigeant mais enrichissant, nécessite passion et engagement. Avec audace, créativité, et rigueur, la jeunesse africaine peut porter haut les couleurs de son continent, en écrivant une nouvelle page de l’histoire sportive africaine. Engagez-vous, formez-vous, et soyez les architectes d’un nouvel avenir sportif pour l’Afrique.